Je suis toujours amusée quand je repense aux choses que j’ai tenues pour vraies depuis que j’ai l’âge d’imaginer. Vous savez, ces histoires invraisemblables venues de nulle part et auxquelles on croyait dur comme fer. Celles qui émerveillaient et qu’on se racontait pour rêver. Celles que l’on créait pour s’effrayer, aussi incroyables qu’elles puissent avoir été.
A vrai dire, malgré les années, je réalise que je n’ai pas tellement changé. Je crois toujours aux choses impossibles et me consume pour les difficultés.
Est-ce inquiétant, docteurs du net?
Parce que, ce que peut croire un enfant le rend tout de suite charmant. Ce qu’imagine une adulte de plus de 3 décennies, la conduit de suite en thérapie.
Mais débutons par le commencement car mes illusions ont vite fait leurs apparitions dans ma vie de gosse innocent. En été, lorsque le ciel était rose, je croyais que c’était parce que St Nicolas fabriquait déjà ses bonbons pour la fin de l’année. Tout comme j’étais persuadée que le matin du 6 décembre, il me voyait quand je regardais le plafond en lui criant: « Merci! J’espère que t’as bu ton peket et que ton âne les a bien bouffées ses carottes! » Une fois, je lui ai même dit: « Hé mais tu t’es trompé, c’est pas ce que j’avais demandé comme jouet! ». (Oups, pardon maman, comment savoir à 6 ans!)
Je remercie encore ma sœur aînée, qui un matin de Pâques ,m’a dit: « Les cloches viennent de déposer les œufs dans le jardin, grouille-toi, tu vas les rater! » La vilaine a tellement bien réussi sa blague que ce ne sont pas les cloches qui se sont envolées…mais la porte vitrée donnant sur la cuisine au travers de laquelle je suis passée parce que j’avais glissé avec mes pantoufles sur le sol carrelé! J’en suis sortie miraculée. Aucun morceau de verre ne m’avait éraflée. Et surtout, ce jour-là, ma sœur a cessé de m’ennuyer tellement elle a eu peur quand elle m’a vue me défenestrer.
Je pensais que si je m’endormais avant minuit, ma peluche basset artésien autour du cou, je serais à l’abri des morsures de vampires rodant la nuit. J’étais aussi persuadée, que si je gardais mes pieds sous la couette, le requin des « Dents de la mer » ou « Orca » n’allaient pas venir me les croquer pendant qu’ils nageaient dans ma chambre au milieu de mes poupées (ah, ces films qui ont marqué!).
Naïveté absolue également, lorsque j’ai obéi à ma sœur quand celle-ci m’a ordonné de filer dormir. Elle venait de me jurer que je pourrais regarder la suite de mon téléfilm de série B le lendemain au réveil. Suite que je n ai jamais trouvée quand j’ai rallumé la télé. Je n’ai donc jamais su si le robot bionique était parvenu à se greffer des oreilles en poils de lapins. (et je me le demande encore à l’heure actuelle: c’était quoi ce truc débile pour lequel j’ai tant râlé d’avoir loupé la fin!) Parce qu’il faut se remettre dans le contexte, je vous parle d’un temps où les magnétoscopes n’avaient pas encore fait irruption dans les maisons. Si! Ce temps a existé et n’est pas comme dans le royaume de Shrek, fort, fort lointain!
Petite, je croyais aussi que si je buvais du coca et du jus d’orange, j’allais faire un pipi bleu (mais ça n’a marché que 20 ans plus tard, à l’Université, avec les bières au méthylène).
J’imaginais que si je creusais profondément dans mon jardin, j’allais découvrir les galeries des fourmis; que je n’emmerdais pas les voisins quand j’improvisais des chansons sur ma balançoire pendant toute l’après-midi; que si je répétais assez mes playbacks je parviendrais à être une invitée du Muppet Show; que si Capitaine Flam croisait mon regard, il tomberait instantanément amoureux (oui, mon premier amour était issu d’ un dessin animé. Ça n’a rien donné, autre galaxie à ce qu’il parait).
A l’adolescence, j’ai fait confiance à une coiffeuse qui m’a fait une permanente et mis des dizaines de petites fleurs dans les cheveux pour aller à une communion. Je n’ai jamais osé jeter un regard au garçon qui me plaisait à mes 12 ans, tellement j’avais honte du look dont j’étais affublée ce jour-là.
A 14 ans, le dit-jeune homme me téléphonait pour m’inviter un mercredi après-midi à sortir. C’est le premier qui m’a embrassée. Je ne lui ai jamais avoué que deux ans auparavant, je rêvais de lui cachée derrière la porte.
A 16 ans, je me croyais moche. Vu que j’étais une ado rigolote, j’étais persuadée que « charme » et « comique » ne pouvaient se conjuguer. Que pour plaire, il fallait être comme ces filles toujours bien à leur place, toujours le sourire glacé.
J’avais tort. Car le mec qui les faisait toutes rêver, c’est vers moi qu’il s’est tourné.
Désormais, je crois toujours que si je croise une énorme araignée, une autre n’est pas loin car dans ma tête, elles se promènent toujours par deux. Quand je regarde un épisode de « Walking dead », je dors systématiquement avec la lampe allumée. Je prends une deuxième paire de chaussures dans mon sac quand je sors car quand je ne le fais pas, je perds TOUJOURS un talon en tout début de soirée (Je suis la loi de Murphy incarnée). Je suis tellement angoissée que si je ne reçois pas une réponse à un mail ou un texto, j’ai l’impression qu’on m’en veut ou d’avoir gaffé.
Bref, je crois à plein de bêtes petites choses mais justement…. ce que j’ai longtemps cru être une faiblesse, un défaut paralysant, m’a ouvert à des univers que je ne pensais pas découvrir un seul instant. Parce que vu que la seule chose en laquelle je ne crois pas, c’est en moi, quand il m’arrive un truc incroyable, j’en reste émerveillée pendant longtemps.
Désormais, j’assume mon côté Bridget Jones un peu crédule. Parce qu’il est sincère, je suis un livre ouvert. Et ceux qui ont décidé d’en lire une bonne moitié sont toujours à mes côtés. Car paradoxalement, même si j’ai beau ne pas l’avoir cette foi en moi, je me découvre parfois des côtés très culottés où je me hurle dans la tête: « Tente ta chance même si c’est foutu d’avance ! »
J’en déplace alors des montagnes qu’aucun n’aurait osé toucher. Je souffre ensuite de courbatures inhumaines pendant des jours. Mais ça reste un détail. Moi, j’ai osé les bouger. Parce que je préfère un cœur brisé qu’un cœur vide, de grands moments de bonheur à une vie linéaire sans saveur.
Et vous savez quoi? Je me dis que j’ai plus de chance que la plupart des gens. Car même si certaines expériences m’ont rendue triste à périr, d’autres me donnent le sourire parce que je suis parvenue à avoir des souvenirs que personne n’aura jamais.
Oui, j’ai parfois de la chance parce que je la provoque. Parce que moi, je rêve aussi de jour. Et parfois, ces rêves fous, ils se réalisent.
C’est drôle, touchant, émouvant, différent des autres textes, très perso…. J’ADORE !!!!!!!
Je suis fan ! J’en veux encore !
Merci, merci, merci
En tant que trentenaires, on s’y retrouve forcément toutes! Les araignées qui vont par deux (brr!), Bridget, Les dents de la Mer (idem : pas question de "laisser dépasser les pieds")..
Bref, même génération, mêmes angoisses!
TRès bon script! Je reconnais le coup du talon, c’est très vrai!
Bravo i en fait même si tu ne le savais pas tu es une vraie fée !