J’aimerais avoir une vie de super-héroïne, être une fille dotée de fabuleux pouvoirs. Quelque part, je partage un trait commun avec ce genre de personnages: j’ai aussi une identité secrète connue uniquement par quelques privilégiés.
Mais je gère moins bien ma version féminine de Clark Kent ou Bruce Wayne au quotidien. J’aurais adoré être une «Diana Prince» qui assure même quand elle quitte son short étoilé de Wonder Woman et son avion transparent, mais ce n’est pas le cas. Je suis plutôt une «Peter Parker» ou une «David Banner». Mais je suis un gentil Hulk, je deviens juste verte quand mon taux d’alcoolémie a dépassé un certain stade. Notre seul point commun: c’est l’oubli de ce que l’on a fichu pendant la transformation. Ma double identité n’a rien d’un Jekyll et d’un Hyde. Elle est plutôt d’un côté, opiniâtre et triomphante et de l’autre, angoissée et déroutée.
Autre similarité, l’attrait pour le déguisement: je suis la reine du Carnaval, j’ai des tas de tenues originales mais qui ne servent actuellement qu’à décorer une garde robe bancale. C’est qu’on trouve moins vite la faille quand on ne connait pas les difficultés et penchants de l’énergumène dévoilé. Paradoxalement, j’ai le sentiment d’en dire plus ici qu’à mon cercle d’intimes à la fidélité prouvée au fil des années.
En Edina, mon costume est très simple: mini robe et escarpins vertigineux. Ils me rendent invincible. Sur mon enveloppe charnelle complètement timbrée, le maquillage soigné et les cheveux soumis aux 4 vents sont obligés de voler.
Mais, quand je rends ma tenue d’audacieuse, je n’adopte tout de même pas la chevelure gominée poisseuse. Lunettes et chignon font l’affaire pour parfaire une tenue plus détachée du regard des autres. Et puis, sans fards à paupières, en jeans et col roulé, je suis extrêmement bien cachée. On me prend pour une collégienne entrant à l’Université. (Si, si, je vous assure que l’an passé, l’assistante d’un médecin lui a dit: il reste une petite jeune fille dans la salle d’attente!)
Alors, parlons maintenant de mes aptitudes hors du commun: je peux sauter d’un bateau en pleine mer en ayant appris à nager 15 jours avant (véridique), vous faire une descente en rappel en oubliant ce que veut dire « vertige effrayant », amuser la galerie à mes dépends ou volontairement, sautiller gaiement dans la rue pour un truc pas important, être une fée du logis et une femme indépendante. Oui, tout ça à la fois et en même temps. Chiche.
Sauf quand…
Sauf quand ma kryptonite surgit! Ah, cette saleté de pierre verte que Superman redoute tant! La mienne, elle a plein de noms différents.
Quand j’ai la détermination d’une charge de cosaques, je réalise des choses que personne ne fait habituellement. Rien ne m’arrête une fois que je suis lancée mais j ai beau avoir l’intime conviction de quelque chose….parfois, ma panoplie de Super-Edina ne suffit pas. Les super-héros ont tous une faiblesse ou une malédiction. Les miennes sont « défiance » et « guigne ». Quand les deux sont réunies, que mon esprit ou mon cœur s’en trouvent contrariés, çà y est: je deviens figée comme Han Solo dans son bloc de carbonite. J’en perds toutes mes notions, mes motions, mes options. C’est le vide intersidéral, la mise en orbite. Et ce, malgré toutes les batailles gagnées auparavant.
Cependant, je parviens toujours à me sauver toute seule de mon désarroi parfois provoqué par un questionnement inadéquat! En effet, pas de Lois Lane masculine, ni de Catman pour la Batgirl que je suis. J’ai tout de même un « Robin » gay qui m’assiste et parfois me subit (merci à lui!) mais j’aimerai bien un « James Bond guy » aussi.
Toutefois, n’aimant que les duos passionnés-impossibles, je reste un super-héros sans alter égo. C’est très fatiguant, honnêtement. Et puis, pas très stabilisant. Mais si j’y retourne continuellement, c’est que je suis attirée par les méchants.
Un jour, j’espère parvenir à faire cohabiter ces deux entités. Cette super-girl à qui rien ne semble résister, qui dit « même pas mal » en se défendant avec son arsenal de piques et de missiles bien placés; et cette jeune femme parfois un peu fragile qui se laisse un peu trop gagner par son émotivité quand elle ne rencontre pas l’enthousiasme espéré.
J’aime…J’aime…J’aime… Encore!! ;o)
Merci! Merci! Merci!
Vais en refaire d’autres, plein!
Haaaaaaaaaa les bad boys !
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